1, 2 ,3… Cap sur les Primeurs

Remis de ma performance physique lors du trail du château le 9 février dernier, me voilà plus vif que jamais en ce printemps bourgeonnant. Mon légendaire instinct, qui, comme vous le savez désormais, ne me trompe jamais, me dit que quelque chose se trame. J’ai ouï à plusieurs reprises le mot « Primeurs », je dois bien concéder ne guère en connaître l’acception, mais je compte bien la découvrir !

 

Alors que je traverse paisiblement la cour du château, humant l’air printanier en ce matin de mars, je croise le toujours très élégant Ludovic David, éminent directeur de cette belle propriété. Après quelques échanges courtois, je me résous à lui avouer l’interrogation qui me taraude depuis plusieurs semaines : « mon cher Ludovic, puis-je vous poser une question qui me turlupine quelque peu ? » Sans hésitation, il m’y encourage. « Voilà donc. Au détour de mes promenades dans le village de Margaux et de mes vagabondages sur la propriété, j’ai entendu parler de « Primeurs ». Seulement, figurez-vous que les seuls primeurs dont j’ai connaissance concernent les légumes sur les étals du marché. Je suis donc fort songeur et peine à voir le lien avec le vin. Pouvez-vous élucider cette brouillardeuse énigme, mon ami ? »

Apparemment un tantinet amusé, un petit sourire aux lèvres, il commence à m’expliquer : « effectivement, Marquis, rien d’étonnant à ce que vous ne connaissiez pas les Primeurs. Ce système n’existait pas encore à l’époque où vous occupiez les lieux, au XVIIIe siècle. » Attentif et intrigué, je l’incite à poursuivre son explication. En gentleman érudit, il ne se fait pas prier pour partager son savoir.

« Ce n’est qu’en 1982 que le système de primeurs dans sa forme actuelle a été imaginé par le Baron Philippe de Rothschild, qui a décidé de faire goûter dès avril son vin encore en phase d’élevage. » Quel homme audacieux que ce baron, c’est regrettable que nous ayons vécu à des époques si éloignées, songé-je tout en écoutant mon interlocuteur qui poursuit : « depuis lors, les Primeurs sont de retour chaque printemps suivant la récolte. Le temps d’une semaine, fin mars-début avril, cette année du 1er au 4 avril, 6000 professionnels, grands acteurs de la distribution mondiale, acheteurs, cavistes, distributeurs, importateurs, mais aussi journalistes et critiques internationaux, convergent des quatre coins de la planète vers Bordeaux pour découvrir le nouveau millésime et en estimer sa qualité », détaille Ludovic David.

Je trouve l’idée ingénieuse mais l’exercice fort périlleux, pour se projeter ainsi sur le résultat d’un vin qui ne sera achevé que dans un an-et-demi à deux ans. Je l’interroge donc sur l’opportunité de ce dispositif : « mais dites-moi mon cher, pourquoi prendre ce pari, au lieu d’attendre de pouvoir goûter le vin embouteillé ? »

« Car cette pré-réservation s’effectue à un tarif avantageux par rapport au prix en livrable, particulièrement dans les millésimes qualitatifs, sujets à la spéculation, m’explique ce cher Ludovic. Sans oublier que la pratique des Primeurs permet aux propriétés de faire rentrer par anticipation de la trésorerie à réinvestir dans l’élevage des vins et la récolte suivante.» Intégrant ces multiples informations, je me demande logiquement si le château Marquis de Terme commercialise lui aussi son vin en Primeurs.

« Affirmatif » me répond le directeur, « comme 300 autres prestigieuses étiquettes bordelaises, soit un microcosme à l’échelle des 10 000 châteaux bordelais. »

Et aucune autre propriété ne peut participer à cette grande messe alors ? le questionné-je :

« historiquement, seuls les grands crus participaient aux Primeurs, expose-t-il, mais depuis une époque plus récente, la plupart des domaines se sont approprié le processus, profitant de la présence de la sphère du vin à Bordeaux pour communiquer sur leurs vins, et ce, même s’ils ne vendent pas en Primeurs. Ils proposent des dégustations à la propriété ou se regroupent par appellation ou par affinités, comme les Crus Bourgeois, les vignerons bio, ou tous les vins conseillés par un consultant… »

Mes lacunes comblées grâce à ce cours express d’une efficacité diabolique, je m’explique mieux, à moins d’un mois du début des Primeurs, l’effervescence palpable un peu partout dans le vignoble. D’autant que, comme le me l’a précisé l’émérite chef de culture du château Marquis de Terme, David Houdet, 2018 devrait susciter l’enthousiasme, figurant au rang des grands millésimes bordelais.

Mais ne le répétez pas trop mes amis, je vous donne… la primeur de cette précieuse information !

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